Le jour du Crabe.
Ce matin, en pénétrant dans la salle des professeurs, j’ai tout de suite senti que quelque chose ne tournait pas rond. Dans cette petite pièce enfumée où les enseignants attendent la fin de la récréation, l’ambiance est habituellement détendue, potache même, a fortiori la veille d’un week-end.
Aujourd’hui l’atmosphère y était tout bonnement sinistre. Je rejoignis en silence l’un des rares fauteuils en osiers vacants tandis que quelques collègues m’accueillaient avec un sourire peiné et forcé. Les autres ne m’accordèrent même pas un regard, les yeux perdus au loin ou simplement fixés au plafond ou sur leurs chaussures.
Ce n’est qu’une fois installé que je découvris l’objet de toutes les attentions. C, très corpulente professeur de musique, était entourée par quatre collègues lui parlant à voix basse. L’un d’entre eux lui entourait délicatement le cou tout en lui glissant quelques mots à l’oreille. Lorsqu’elle se libéra de cette étreinte, je pu croiser un bref instant son regard qui me figea sur place.
Ses yeux, embués et rougis par les larmes, criaient « au secours ».
Perdu, j’essayai de comprendre la situation en me raccrochant à quelques bribes de conversation échangées à voix basse par C. et ceux qui l’entouraient. Elle parlait d’une nouvelle à annoncer à son fils, de ses efforts pour se ressaisir et retenir ses larmes, de son intention de livrer combat jusqu’au bout.
La mère de Mlle A confirma mes pires craintes. Un maudit crabe avait élu domicile dans le foie de C. et celle-ci, mise au courant la veille par son médecin, venait d’en faire part à ses amis.
J’aurai aimé pouvoir me lever et serrer bien fort dans mes bras ces 120 kilos de souffrance et d’angoisse mais c’est une chose dont je suis incapable. Voir les gens souffrir me chavire toujours mais je ne suis pas ce ceux qui savent trouver les gestes et les mots adéquates.
Quelques minutes plus tard j’appris que JP, évoqué il y a quelques semaines sur ce blog (post du 22-10), était quand à lui en train de vivre ses derniers jours, dévoré lui aussi de l’intérieur par la mort à pinces. La veille, je l’avais eu au téléphone où, d’une vois pâteuse, il m’avait assuré qu’il se sentait beaucoup mieux. Je lui avait alors souhaité une bonne année avant de me rendre compte de ma maladresse. Le bougre semble vouloir s’accrocher malgré l’ombre noire qui plane au dessus de son lit d’hôpital. Il disparaîtra bientôt sans que je ne l’ai jamais entendu se plaindre de sa condition. Voici ce qui pour moi donne un sens au mot « courage ».
Certains jours, l’aspect éphémère de notre existence me saute ainsi violemment au visage et me plonge dans l’angoisse du lendemain. Plus les années passent et plus je prends conscience de ma fin toute proche ainsi que celle de mon entourage.
Les hommes ne sont décidément pas faits pour mourir.
Aujourd’hui l’atmosphère y était tout bonnement sinistre. Je rejoignis en silence l’un des rares fauteuils en osiers vacants tandis que quelques collègues m’accueillaient avec un sourire peiné et forcé. Les autres ne m’accordèrent même pas un regard, les yeux perdus au loin ou simplement fixés au plafond ou sur leurs chaussures.
Ce n’est qu’une fois installé que je découvris l’objet de toutes les attentions. C, très corpulente professeur de musique, était entourée par quatre collègues lui parlant à voix basse. L’un d’entre eux lui entourait délicatement le cou tout en lui glissant quelques mots à l’oreille. Lorsqu’elle se libéra de cette étreinte, je pu croiser un bref instant son regard qui me figea sur place.
Ses yeux, embués et rougis par les larmes, criaient « au secours ».
Perdu, j’essayai de comprendre la situation en me raccrochant à quelques bribes de conversation échangées à voix basse par C. et ceux qui l’entouraient. Elle parlait d’une nouvelle à annoncer à son fils, de ses efforts pour se ressaisir et retenir ses larmes, de son intention de livrer combat jusqu’au bout.
La mère de Mlle A confirma mes pires craintes. Un maudit crabe avait élu domicile dans le foie de C. et celle-ci, mise au courant la veille par son médecin, venait d’en faire part à ses amis.
J’aurai aimé pouvoir me lever et serrer bien fort dans mes bras ces 120 kilos de souffrance et d’angoisse mais c’est une chose dont je suis incapable. Voir les gens souffrir me chavire toujours mais je ne suis pas ce ceux qui savent trouver les gestes et les mots adéquates.
Quelques minutes plus tard j’appris que JP, évoqué il y a quelques semaines sur ce blog (post du 22-10), était quand à lui en train de vivre ses derniers jours, dévoré lui aussi de l’intérieur par la mort à pinces. La veille, je l’avais eu au téléphone où, d’une vois pâteuse, il m’avait assuré qu’il se sentait beaucoup mieux. Je lui avait alors souhaité une bonne année avant de me rendre compte de ma maladresse. Le bougre semble vouloir s’accrocher malgré l’ombre noire qui plane au dessus de son lit d’hôpital. Il disparaîtra bientôt sans que je ne l’ai jamais entendu se plaindre de sa condition. Voici ce qui pour moi donne un sens au mot « courage ».
Certains jours, l’aspect éphémère de notre existence me saute ainsi violemment au visage et me plonge dans l’angoisse du lendemain. Plus les années passent et plus je prends conscience de ma fin toute proche ainsi que celle de mon entourage.
Les hommes ne sont décidément pas faits pour mourir.

13 Comments:
Ton billet est très touchant. Il dégage beaucoup de sensibilité et de tristesse.Effectivement, nous ne sommes pas grand chose sur ce bas monde...juste de passage...voilà pourquoi il faut essayer de profiter de chaque instant de notre vie.
Et bien fantomeopéra, je constate que ce dernier post est bien triste. Il a foutue un coup à mon moral. Sans doute, parce qu'il est réaliste et qu'il nous fait prendre conscience que la vie ne tient qu'à un fil. Bon courage à toi. Je t'embrasse.
De ces billets qui me rendent fidèle à ce blog....de ceux là justement dont je parlais dans un précédent commentaire, de ceux là qui ne soulèvent pas de débats houleux mais qui à mes yeux sont essentiels, car ils parlent de notre existence....et tu en parles bien, très bien.
Ce post est en éffet très touchant par la façon dont tu le racontes, écrit avec une douceur et une incroyable fluidité pour parler d'une chose que tout le monde craint...
Malheureusement il faut se rendre à l'évidence que Seule la mort est certaine, mais, en attendant faut pas se borner à ce sujet, certes parfois cet évènement arrive précocement dans la vie d'autrui, mais je pense qu'il ne faut pas s'arrêter là et qu'il faut continuer à vivre, car je pense que lorsque l'on perd une personne proche, cela nous est douloureux mais je suis sûr que cette personne où qu'elle soit ne veuille pas que l'on s'attarde et préfèrerai que l'on continue à vivre...
La vie est faite ainsi et c'est une bonne amie de la mort...
Beaucoup d'émotions dans tes derniers posts...
Des climats tangibles...
Bravo.
Dommage que tu te fasses aussi rare.
En même temps, c'est peut être cela qui rend tes écrits précieux.
En tous cas, continue, surtout.
C'est l'un des blogs les plus agréables à lire (même si c'est parfois assez dur)que j'ai dans mes favoris...
Axel.
Coucou Fantome un truc qui n'a rien a voir mais bon :
http://www.ecranlarge.com/news-dvd-653.php
Moi je pense plutot que d'apres notre education qui fait que parler de la mort est tabou nous rend encore plus triste.
A force je vais devenir bouddhiste
Je ne dis pas que c'est atroce de mourir , je dis juste que ca peut aider a apprehender ce moment
Merci Jawa pour cette information .... Enfin une edition correcte (esperons) du plus grand film de tous les temps (si si).
Sinon merci pour vos commentaires qui me vont droit au coeur.
J'avoue être très debordé ces temps ci et je n'ai pas beaucoup le temps d'ecrire...Mais c'est temporaire.
Merci à toi fantome pour ta petite explication ( pas encore tout saisie, ça m'a l'air d'être le sac de noeuds chez eux ), j'étais carément larguer sur le blog de zia. Ces histoires sont délirantes. Comme je ne savais pas quoi dire, j'ai envoyé une copie des paroles de la célèbre chanson de Johnny ...
Maintenant comme tout le monde j'attend la suite et j'attend ta suite aussi, tu te fais long par contre. Je t'embrasse
Cela ne bouge pas beaucoup sur ton blog...chaque jour qui passe je jette un p'tit coup d'oeil pour voir s'il y a quelque chose de nouveau, mais à mon grand desespoir : toujours rien !!!!
J'espère tout de même que cela va arriver rapidement.
Heureusement que tu es là pour moi, car si non j'aurais été larguée sur le blog de zia. D'ailleurs je ne te vois plus même plus sur le sien en commentaire ! peux -être que tu es parti en vacances ??? Oh ! le veinard si c'est le cas....
Bye bye
En vacances? Malheureusement non.
Je suis en ce moment debordé de boulot .... impossible de me coucher avant 01h00 du mat tous les soirs. Physquement et mentalement je suis epuisé.
Mener de front le travail d'enseignant et la preparation du concours n'est chose aisée (je passe l'ecrit mercredi).
Qui plus est j'avoue passer mes moments de détente en compagnie de Lliy...
Enfin, dernière explication à mon silence, je n'ai pas la place d'installer un vrai bureau dans mon nouvel appartement.
J'utilise donc mon portable assis sur le rebord de mon futon et passé 10 minutes je me retrouve avec le dos en compote... Impossible dans ces conditions de me mettre sérieusement à la redaction de mes nouveaux posts (et pourtant j'ai des trucs à dire).
Je vous embrasse et vous pomet un nouvel article pour bientôt....
Bonsoir Fantôme,
En fidèle lectrice je dois dire que j'attends ta prochaine prose avec impatience.... et M....pour ton concours !! J'espère que Lily te soutient agréablement dans ces moments de révision.. ;-)
Des bizettes.
Bonsoir Fantôme,
En fidèle lectrice je dois dire que j'attends ta prochaine prose avec impatience.... et M....pour ton concours !! J'espère que Lily te soutient agréablement dans ces moments de révision.. ;-)
Des bizettes.
Bonsoir fantôme,
Je constate que tu es débordée, j'espère que ton retour se fera très vite dans le monde de la blogsphère !!! Tes billets me manquent à moi aussi !!!!
Bon courage pour tes révisions et à très vite ;-)
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